Prévisions Financières Avril 2026 : Ce n'est pas victoire si elle ne met pas fin à la guerre (Montaigne)
Les 4/5 semaines annoncées sont expirées et on voit mal une fin proche et même de revenir à la situation ex ante.Mais D. Trump cherche comment mettre fin rapidement au conflit et une excuse pour clamer sa victoire. Alors que les fondamentalistes ont mis la main sur l'ensemble de l'appareil d'Etat iranien, D. Trump assure qu'il a changé le régime (il a même déclaré que les "iraniens lui avaient proposé d'être le nouvel Ayatollah mais qu'il a refusé… "). Le nucléaire pourrait être un autre but de guerre déclaré atteint ou le pétrole alors que la libre navigation dans le détroit d'Ormuz semble de moins en moins mise en avant.Bref, il y a autant de scénarios que d'humeurs de Trump au réveil. Nous travaillons désormais sur une hypothèse centrale pour l'instant d'un conflit qui dure encore 1 mois. Le prix du pétrole (Brent) serait en moyenne à 118 dollars en avril, 94 en mai et 85 en moyenne sur 2026. Le gaz serait respectivement à 62, 58 et 48 sur l'année.En tout cas, la hausse du pétrole, du gaz et des matières premières (la région produit 10% de l'aluminium, des fertilisants, du sulfure, de l'hélium, du plastique...) constitue bien un choc stagflationniste majeur qui va augmenter l'inflation mondiale de près de 1 point et baisser la croissance mondiale d'un demi-point. C'est notamment le choc que nous prévoyons pour l'économie américaine qui passerait de 2,4 à 1,9%.L'Europe est peu dépendante de la région pour son pétrole (10%) ou pour le LNG (3%) mais elle est victime de l'effet prix, son mix énergétique restant aux deux-tiers lié aux hydrocarbures qu'elle produit à moins de 1%. Seuls les pays les plus électrisés seront les moins impactés (les prix du gaz n'influencent en ce moment les prix de l'électricité en Espagne que 15% du temps et autour de 40% pour la France contre 70% en 2022 quand nos centrales étaient en panne). Nous révisons ainsi en baisse le PIB allemand de 0,5 point pour 2026, celui de l'Italie de 0,4 et ceux de la France et de l'Espagne de 0,2.Nous conservons un biais haussier pour l'euro/dollar. La FED pourrait tout de même baisser les taux, le ralentissement va détériorer encore plus le marché de l'emploi américain (92K destructions d'emplois en février, 15K créations mensuelles en 2025 vs 150K les années précédentes) et la Fed pourrait privilégier de nouveau l'emploi à l'inflation surtout avec l'arrivée de Kevin Warsh en juin. La possibilité d'une baisse de la BCE a bien disparu, et se pose désormais la question d'une hausse à tout moment ("we are prepared to make changes to our policy at every meeting", C. Lagarde), même si avril est exclu, selon nous, en attendant d'en savoir un peu plus. Une hausse préventive de la BCE est tout à fait possible désormais en juin même si cela semble essentiellement un choc d'offre énergétique (+50% Brent) contre lequel la BCE n'y peut rien et qui semble assez difficilement pouvoir se transmettre aux salaires comme en 2022 alors que la croissance ralentit et que le chômage monte (8,3% prévu en France).Comme le reste de l'Asie, la Chine dépend du détroit d'Ormuz pour ses importations énergétiques, 50% de son pétrole et 30% de son gaz transitant par ce point de passage stratégique. Néanmoins la Chine 1/ a d'importantes réserves stratégiques (on parle de 1,9 md de barils), 2/ continue d'importer du pétrole d'Iran (sur les 1,8 mbj iraniens exportés, 90% vont en Chine) et de Russie, 3/ est le pays qui s'électrifie le plus vite (en 2025, la Chine investit dans les énergies renouvelables (EnR) deux fois plus que l'Europe). Nous revoyons à la baisse la croissance chinoise néanmoins proche de la borne basse de Xi jinping (4,5/5%).Des pays comme l'Inde, le Japon ou la Corée (ces 2 derniers pays importent 70% de leur pétrole du détroit), la Thaïlande ou les Philippines sont beaucoup plus impactés.Le retrait américain de l'Iran approche, le retour à la normale prendra plus de temps. Il restera une prime de risque sur le pétrole et le gaz, sur le transport maritime alors que les goulots d'étranglements (on pense à l'aluminium, à l'hélium indispensable aux semi-conducteurs dont 35% vient du Qatar, au plastique) vont mettre des semaines à se desserrer. Le choc inflationniste ne sera pas comparable à 2022 (moins fort et moins durable), mais le pic est sans doute encore devant nous.Pour la suite, que fera un nouveau régime militaro théocratique en Iran face à Israël qui ne s'arrêtera pas forcément avec le repli de Trump ? Les monarchies du Golfe continueront-elles à sous-traiter leurs sécurités aux Etats-Unis ? Que restera-t-il de l'OTAN face à une Russie qui sort renforcée ? Quid du pivot américain vers l'Asie alors que l'USS Tripoli ou les missiles Thaad ont été retirés de Corée du Sud au grand bonheur de la Chine et de ses alliés ? Cuba sera-t-il le contrefeu recherché ? Le monde semble de moins en moins coopératif, plus risqué, guerrier et imprévisible que jamais. A l'image de Trump finalement...