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Prévisions Financières mars 2026 : Epic Fury Road

Personne ne sait combien de temps durera le conflit en Iran. Impossible d'intégrer dans nos prévisions avec confiance le conflit et l'impact sur les variables macros et financières pour l'instant. Les Etats-Unis et Israël cherchent à détruire les infrastructures militaires et un changement de régime rapide quand le régime iranien n'a qu'un but c'est de tenir dans le temps.L'ampleur du choc viendra potentiellement évidemment des prix du pétrole et du gaz même si l'Iran ne produit que 1.5% du pétrole mondial (12% des réserves).Pour l'instant, des primes haussières sont mises logiquement sur le pétrole, le gaz et certaines valeurs refuges comme l’or, et baissières sur les actions et plus surprenant peut-être sur le prix des obligations (pas de flight to quality traditionnel). Le dollar US est clairement à l'achat dans ce scénario alors que l'Euro ou le BTC baissent. La question est de savoir si ces primes sont justifiées dans leur ampleur (15/20$ sur le pétrole, 25/30€ sur le TTF, plus forte depuis l'attaque russe de 2022 même si à 58€ on est loin des 320€ d'alors) et tiendront dans le temps.Il semble peu probable que la bataille soit perdue pour Israël et les US, la question étant de savoir comment se terminera la guerre. Soit le régime tombe et l'Iran et ses 90M d'habitants basculent dans un nouveau paradigme plus favorable aux investissements (l'Iran détient près de 30% des réserves de pétrole, riche en métaux, le tourisme y était florissant, un téléphérique relie Téhéran au Tochal et aux stations de ski...) et le marché repasse alors en Risk on. Soit l'alternance se fait à la Delcy Rodriguez au Venezuela où pas grand-chose ne change, la production pétrolière reprend, Ras Lafan (20% du LNG mondial) réouvre au Qatar et le marché revient aux niveaux précédents. Soit le conflit s'enlise et le détroit d'Ormuz (20% du pétrole mondial, 20mn barils, 20% du LNG) reste bloqué, empêche les capacités excédentaires de l'OPEP de se substituer aux 1,4 mbj exportés par l'Iran et d'acheminer le gaz, et les menaces stagflationnistes augmentent. Notre analyste pétrole, Joel Hancock, prévoit dans ce scénario extrême un baril autour de 100$ potentiellement vs 66$ dans le scénario central qui voit clairement la prime s'estomper d'ici la fin de l'année.L'impact le plus marqué est à attendre chez les plus gros importateurs dépendants du détroit : plus de 80% du trafic concerne l'Asie, la Chine (12% de son pétrole vient d'Iran, 20% du gaz qatari lui est destiné) et l’Inde en tête. A noter néanmoins qu'il faudrait que le conflit dure vraiment pour mettre en difficulté la Chine qui dispose sans doute de réserves proches de 1200 millions b/j, soit 10 jours de consommation mondiale. L'Europe est peu impactée en premier ordre (3% du trafic d'Ormuz, seulement 12% du pétrole importé par la France vient du Moyen Orient, 0,7% de son gaz vient du Qatar) mais l'est par les prix. C'est notamment le cas du gaz, alors que la fin de l'hiver est douce, mais le temps du remplissage printanier se pointe comme une fleur avec des stocks remplis à seulement 30%. Les LNG américain et norvégien se frottent les mains. Vladimir aussi.Les US sont peu impactés, n'important que 17% de leur énergie (un plus bas depuis 4O ans). Mais là aussi, l'effet sur les prix est substantiel et potentiellement électoralement coûteux. A 100$, l'inflation US tangenterait les 4%... On comprend ainsi le depricing des baisses de la Fed et la hausse du dollar si cela devait arriver, ce qui nous semble peu probable.  Le marché conclut pour le moment à un choc inflationniste (une hausse de 10$ du baril en général dans les modèles se traduit en 0,4 point d'inflation supplémentaire selon les économies). Les baisses de taux ont été depricées et la prime de terme relevée. Nous ne changeons pas pour autant à ce stade nos scénarios Fed (baisses en juin et septembre) et BCE (statu quo durable), et nous pensons que les mouvements sur les parties courtes de la courbe sont excessifs.Il semble difficile d'envisager un scénario risk Off avec des taux qui montent durablement. On notera dans le sell off, la sous performance de l'Europe (et un écartement supplémentaire de l'OAT-BTP à plus de 7 pb alors que l'Italie traitait 7 pb sous la France il y a 6 semaines). Si la situation devait durer, la stagflation deviendrait alors plus probable, et des taux plus élevés plus longtemps pèseraient vraisemblablement sur les actifs risqués et en particulier sur le crédit (privé et public).Nous ne changeons donc qu'à la marge nos prévisions de pétrole et de gaz, et de croissance et d'inflation. Les Banques Centrales en général regardent au-delà des tensions de court terme sur les prix des matières premières. Les incertitudes néanmoins sont légion et la prudence est… d'or.
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